Shen Hongyu, président de la quatrième division civile de la Cour populaire suprême, répond aux questions des journalistes sur l'interprétation judiciaire de la validité du droit maritime
Le 28 avril 2026, la Cour populaire suprême a publié les « Dispositions de la Cour populaire suprême sur l'application dans le temps de la Loi maritime de la République populaire de Chine » (ci-après dénommées les « Dispositions »). Ces « Dispositions » visent à unifier les critères de jugement maritime, à résoudre de manière appropriée les problèmes complexes liés à l'application des anciennes et nouvelles lois maritimes, à garantir la mise en œuvre fluide de la nouvelle loi maritime révisée et à fournir des directives opérationnelles spécifiques. Ces « Dispositions » entreront en vigueur le 1er mai 2026, en même temps que la nouvelle loi maritime révisée. Shen Hongyu, président de la quatrième chambre civile de la Cour populaire suprême, a répondu aux questions des journalistes concernant la publication des « Dispositions ».
Question : Pouvez-vous présenter le contexte de l'élaboration de cette interprétation judiciaire et les principes qui ont guidé sa rédaction ?
Réponse : Depuis le 18e Congrès national du Parti, le Comité central du Parti, avec Xi Jinping comme noyau dirigeant, accorde une grande importance à la construction d'une puissance maritime. Le président Xi Jinping a formulé une série de discours importants sur l'exploitation des océans et l'accélération de la construction d'une puissance maritime, indiquant ainsi la direction à suivre. Le plan quinquennal « Quinze » propose clairement de « promouvoir un développement de haute qualité de l'économie maritime et d'accélérer la construction d'une puissance maritime », ainsi que d'« améliorer les capacités d'application de la loi et de justice en mer ». Le 28 octobre 2025, lors de la 18e session du Comité permanent de la 14e Assemblée populaire nationale, la nouvelle loi maritime révisée a été adoptée et entrera en vigueur le 1er mai 2026. Cette révision, basée sur le fait que la Chine est à la fois une grande nation maritime et une grande nation commerciale, met en avant la pertinence et l'efficacité des modifications, répond aux besoins institutionnels du développement pratique du droit maritime, s'inspire des dernières conventions internationales maritimes et équilibre efficacement les droits et responsabilités des acteurs concernés. Elle revêt une importance majeure pour promouvoir un développement de haute qualité du transport maritime et du commerce, renforcer la protection écologique de l'environnement marin, promouvoir la gouvernance maritime mondiale et soutenir la construction d'une puissance maritime et une ouverture de haut niveau. La nouvelle loi maritime révisée apporte des modifications majeures dans des domaines tels que les contrats de transport maritime de marchandises, les hypothèques maritimes, la limitation de la responsabilité pour les dommages maritimes, les assurances maritimes et les délais de prescription, et introduit de nouveaux systèmes comme les enregistrements électroniques de transport. Les questions liées à l'application des anciennes et nouvelles lois sont complexes et variées. Afin de garantir une mise en œuvre précise de la nouvelle loi maritime révisée, de clarifier les questions d'application entre les anciennes et nouvelles lois et d'unifier les critères de jugement, la Cour populaire suprême a élaboré ces « Dispositions ». Le travail de rédaction a suivi les principes suivants : premièrement, maintenir une orientation politique correcte. Guidé par la pensée de Xi Jinping sur le socialisme à la chinoise pour une nouvelle ère, en mettant en œuvre les principes du 20e Congrès national du Parti et des sessions plénières successives, ainsi que la pensée de Xi Jinping sur l'État de droit, et en appliquant les instructions importantes du président Xi Jinping sur le droit international, la puissance maritime et la puissance du transport maritime, afin de garantir que l'interprétation judiciaire soit alignée sur les décisions du Comité central et serve le développement maritime national. Deuxièmement, respecter une interprétation stricte de la loi. Le travail de rédaction s'est conformé à la fonction de l'interprétation judiciaire, en expliquant comment appliquer spécifiquement les questions juridiques. Troisièmement, adopter une approche axée sur les problèmes. Les « Dispositions » se concentrent sur les besoins de la pratique judiciaire maritime, en établissant des règles générales sur l'application dans le temps et en traitant des questions controversées dans la pratique judiciaire. Quatrièmement, protéger les attentes raisonnables des parties. Pour les nouvelles dispositions entièrement ajoutées dans la nouvelle loi maritime révisée, les « Dispositions » mettent l'accent sur leur fonction normative, précisant qu'elles peuvent être appliquées rétroactivement, tout en protégeant les attentes raisonnables des parties, évitant ainsi que l'application rétroactive ne porte atteinte aux droits des parties ou n'augmente leurs obligations.
Question : Quelles dispositions spécifiques ont été prises dans les « Dispositions » pour respecter le principe de non-rétroactivité des lois ?
Réponse : Le principe de « non-rétroactivité des lois » est un principe fondamental clairement établi par la loi sur la législation et constitue une ligne directrice essentielle dans la rédaction des « Dispositions ». En tenant compte de la pratique judiciaire maritime, les « Dispositions » prévoient des arrangements spécifiques à trois niveaux : premièrement, elles clarifient la règle générale de non-rétroactivité, stipulant que pour les litiges maritimes résultant de faits juridiques survenus avant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi maritime (ci-après dénommée « loi maritime »), sauf disposition contraire de la loi ou des interprétations judiciaires, les lois et interprétations judiciaires en vigueur à l'époque doivent être appliquées ; pour les litiges maritimes résultant de faits juridiques survenus après l'entrée en vigueur de la loi maritime, les dispositions de la loi maritime s'appliquent. Deuxièmement, elles stipulent que si les faits juridiques survenus avant l'entrée en vigueur de la loi maritime se poursuivent après son entrée en vigueur, les litiges maritimes résultant de ces faits doivent être régis par la loi maritime, sauf disposition contraire de la loi ou des interprétations judiciaires. Troisièmement, elles limitent strictement les exceptions à la rétroactivité, n'accordant une rétroactivité limitée qu'aux rares cas conformes à l'article 104 de la loi sur la législation, « pour mieux protéger les droits et intérêts des citoyens, des personnes morales et des autres organisations », afin de garantir la stabilité de l'application des lois.
Question : Comment les « Dispositions » réglementent-elles l'application rétroactive des nouvelles dispositions de la loi maritime ?
Réponse : Les « Dispositions » distinguent les différents types de nouvelles dispositions et établissent des règles différenciées, conciliant l'uniformité et la flexibilité de l'application des lois. D'une part, pour les nouvelles dispositions entièrement ajoutées, c'est-à-dire celles qui n'étaient pas prévues dans les lois ou interprétations judiciaires précédentes mais qui sont clairement prévues dans la loi maritime, les « Dispositions » précisent dans l'article 2 qu'elles peuvent être appliquées rétroactivement, afin de combler les lacunes législatives et de jouer un rôle normatif. Elles précisent également les exceptions : si l'application des nouvelles dispositions porte manifestement atteinte aux droits légitimes des parties, augmente leurs obligations légales ou va à l'encontre de leurs attentes raisonnables, elles ne doivent pas être appliquées rétroactivement. D'autre part, pour les nouvelles dispositions détaillées, c'est-à-dire celles qui précisent davantage les principes déjà établis dans l'ancienne loi, les « Dispositions » stipulent dans l'article 3 que pour les litiges maritimes résultant de faits juridiques survenus avant l'entrée en vigueur de la loi maritime, si les lois ou interprétations judiciaires de l'époque ne contenaient que des dispositions de principe et que la loi maritime contient des dispositions spécifiques, les lois ou interprétations judiciaires de l'époque doivent être appliquées, mais les jugements peuvent être motivés en se référant aux dispositions spécifiques de la loi maritime.
Question : Pour les contrats conclus avant l'entrée en vigueur de la loi maritime mais dont l'exécution se poursuit après son entrée en vigueur, comment les « Dispositions » déterminent-elles les règles d'application des lois ?
Réponse : La loi maritime contient de nombreuses dispositions relatives aux contrats, et cette révision apporte des modifications majeures aux contrats de transport maritime de marchandises, aux contrats d'affrètement, etc. La question de l'application des lois aux contrats transitoires est un point clé et difficile dans la pratique. En s'inspirant des expériences des interprétations judiciaires existantes, les « Dispositions » maintiennent le principe de non-rétroactivité et déterminent l'application des lois en fonction du moment où les actes d'exécution litigieux ont eu lieu. L'article 4 précise que pour les litiges résultant de l'exécution de contrats avant l'entrée en vigueur de la loi maritime, les lois et interprétations judiciaires en vigueur à l'époque s'appliquent ; pour les litiges résultant de l'exécution de contrats après l'entrée en vigueur de la loi maritime, les dispositions pertinentes de la loi maritime s'appliquent. Il convient de noter que cette règle ne s'applique qu'aux questions liées à l'exécution des contrats. La formation et la validité des contrats restent, en principe, régies par les lois en vigueur au moment de leur conclusion.
Question : Les « Dispositions » ont établi des règles spécifiques pour l'application des lois concernant le transfert des hypothèques maritimes. Quels sont les principaux éléments pris en compte ?
Réponse : Cette révision de la loi maritime a apporté des modifications substantielles aux règles relatives au transfert des hypothèques maritimes, remplaçant la disposition obligatoire selon laquelle « lorsque le créancier hypothécaire transfère tout ou partie de la créance garantie par le navire hypothéqué, l'hypothèque est également transférée » par une disposition stipulant que « lorsque la créance garantie par l'hypothèque maritime est transférée, l'hypothèque est également transférée, sauf disposition contraire de la loi ou accord contraire des parties ». Cela élargit davantage l'autonomie de la volonté des parties, harmonise les règles avec celles du Code civil et reflète pleinement les valeurs fondamentales du socialisme, à savoir le respect de l'autonomie de la volonté des parties et la bonne foi. Par conséquent, l'article 5 des « Dispositions » prévoit une application rétroactive favorable pour cette modification substantielle, précisant que si, avant l'entrée en vigueur de la loi maritime, les parties avaient convenu que l'hypothèque maritime ne serait pas transférée avec la créance garantie, les dispositions pertinentes de la loi maritime peuvent être appliquées de manière uniforme. En établissant des règles d'application rétroactive raisonnables, cette disposition garantit que l'objectif législatif et la valeur normative de cette modification sont pleinement réalisés, tout en protégeant les attentes raisonnables et les droits légitimes des acteurs du marché.
Question : Les enregistrements électroniques de transport constituent un nouveau système introduit dans cette révision de la loi maritime. Comment les « Dispositions » réglementent-elles les questions relatives à leur application ?
Réponse : Les « Dispositions » prévoient une application rétroactive pour les enregistrements électroniques de transport, ce qui constitue un point fort de cette interprétation judiciaire. Les enregistrements électroniques de transport, tels que les connaissements électroniques, existent depuis de nombreuses années dans la pratique maritime, mais aucune disposition légale n'existait jusqu'à présent. Cette révision de la loi maritime, en s'inspirant de la « Loi type de la CNUDCI sur les documents électroniques transférables » et de la « Convention des Nations Unies sur le contrat de transport international de marchandises effectué entièrement ou partiellement par mer » (les Règles de Rotterdam), a ajouté une section sur les enregistrements électroniques de transport dans le chapitre 4 relatif aux contrats de transport maritime de marchandises, comblant ainsi une lacune législative. L'application rétroactive de ces dispositions contribue à réaliser l'objectif législatif de la loi maritime, qui est de « promouvoir le développement du transport maritime et du commerce économique ». Ces nouvelles dispositions ne sont pas en conflit avec le système documentaire existant en Chine, et leur application rétroactive ne contrevient pas aux attentes raisonnables des parties ni ne perturbe l'ordre juridique en vigueur. Par conséquent, l'article 6 des « Dispositions » en fait une stipulation claire.
Il convient de noter que la nouvelle loi maritime révisée a également ajouté un chapitre 12 sur la responsabilité pour les dommages causés par la pollution par les hydrocarbures des navires. Cependant, avant l'entrée en vigueur de la loi maritime, la Chine disposait déjà de la Loi sur la protection de l'environnement marin, du Règlement sur la prévention de la pollution par les navires, des interprétations judiciaires sur la pollution par les hydrocarbures des navires, ainsi que des conventions internationales sur la pollution par les hydrocarbures et les carburants auxquelles la Chine a adhéré. Par conséquent, ce nouveau chapitre ne constitue pas une disposition entièrement nouvelle en l'absence de réglementation antérieure et doit être régi par l'article 1 des « Dispositions ». Ainsi, aucune disposition distincte n'a été établie dans les « Dispositions ».
Question : La nouvelle loi maritime révisée modifie les règles de suspension et d'interruption des délais de prescription, ce qui est plus favorable aux créanciers cherchant un recours judiciaire. Pourquoi les « Dispositions » n'ont-elles pas prévu d'application rétroactive à cet égard ?
Réponse : Cette révision de la loi maritime a apporté des modifications importantes aux règles de suspension et d'interruption des délais de prescription, par exemple en modifiant la règle selon laquelle le délai reprend son cours après la suspension pour stipuler qu'il expire six mois après la disparition de la cause de suspension, et en élargissant les motifs d'interruption pour les aligner sur ceux du Code civil, ce qui protège mieux les droits légitimes des créanciers. Cependant, étant donné que le régime des délais de prescription est directement lié à l'exercice des droits des parties, une application uniforme des nouvelles règles pourrait aller à l'encontre des attentes raisonnables de l'autre partie et porter gravement atteinte à ses intérêts. Par conséquent, les « Dispositions » appliquent strictement le principe de non-rétroactivité, précisant que pour les délais de prescription en cours au moment de l'entrée en vigueur de la loi maritime, la suspension est régie par les lois et interprétations judiciaires en vigueur au moment de la disparition de la cause de suspension, et l'interruption est régie par les lois et interprétations judiciaires en vigueur au moment de la survenance des motifs d'interruption. Cela permet de concilier les intérêts des différentes parties et de préserver la stabilité du régime des délais de prescription.
Question : Pour les affaires ayant fait l'objet d'un jugement définitif avant l'entrée en vigueur de la loi maritime, si une partie demande un nouveau procès, comment les « Dispositions » déterminent-elles les règles d'application des lois ?
Réponse : Cela reflète le cœur des règles relatives à l'autorité de la chose jugée et constitue une position constante de notre Cour dans l'élaboration des interprétations judiciaires sur l'application dans le temps. Les « Dispositions » précisent que pour les affaires ayant fait l'objet d'un jugement définitif avant l'entrée en vigueur de la loi maritime, que ce soit à la demande d'une partie ou sur décision de la Cour dans le cadre de la procédure de supervision judiciaire, les lois et interprétations judiciaires en vigueur à l'époque s'appliquent, et non la loi maritime révisée. La principale raison est que les jugements définitifs ont autorité de la chose jugée et que leur stabilité doit être préservée. Appliquer la nouvelle loi à des affaires déjà jugées définitivement compromettrait l'autorité des jugements et la stabilité de l'ordre juridique, et ne serait pas favorable à la protection des attentes des parties.
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